1.1 Les données spatiales probantes tout au long du cycle de restauration

Des besoins en données probantes qui évoluent de l’évaluation des paysages au reporting

Figure 1: Les décisions en matière de restauration suivent un cycle comprenant l’évaluation, le ciblage, la conception, la mise en œuvre, le suivi et le reporting. Les données spatiales probantes peuvent contribuer à chacune de ces étapes.

1.1.1 Qu’est-ce que la restauration ?

La restauration des paysages vise, en définitive, à améliorer le fonctionnement des écosystèmes, la capacité productive des terres, ainsi que la résilience et le bien-être des communautés qui en dépendent.

Les écosystèmes en bonne santé régulent l’eau, préservent la fertilité des sols, soutiennent la biodiversité et permettent de maintenir la production agricole et pastorale. Lorsque ces processus écologiques fonctionnent correctement, ils fournissent les services écosystémiques qui contribuent à la résilience des moyens de subsistance.

La dégradation peut donc être comprise comme la perte ou le déclin de ces fonctions écologiques. Par exemple, la diminution du carbone organique des sols, l’augmentation de l’érosion, la réduction du couvert végétal ou la baisse de la capacité de rétention en eau peuvent signaler qu’un paysage perd son potentiel productif et les services écosystémiques qu’il fournit.

Cela soulève plusieurs questions importantes pour les acteurs de la restauration :

  • Comment reconnaître qu’une terre est dégradée ou en cours de dégradation ?
  • Quels processus écologiques sont à l’origine de ces changements ?
  • Quelles interventions sont les plus susceptibles de restaurer les fonctions des écosystèmes ?
  • Comment mesurer si les efforts de restauration produisent réellement des résultats ?

Pour répondre à ces questions, il faut disposer de données probantes qui relient les conditions écologiques à des endroits précis du paysage et permettent de mesurer leur évolution dans le temps.

1.1.2 Les décisions de restauration dans la pratique

Dans la pratique, les programmes de restauration doivent traduire leurs objectifs en décisions concrètes concernant les zones d’intervention, les types d’interventions à mettre en œuvre et les moyens d’en évaluer les résultats.

De nombreuses initiatives de restauration suivent ainsi une succession d’étapes décisionnelles qui relient la compréhension des écosystèmes, la planification, la mise en œuvre et l’apprentissage. Nous pouvons désigner cet enchaînement comme le cycle décisionnel de la restauration.

1.1.3 Le cycle décisionnel de la restauration

Les données probantes nécessaires pour éclairer une décision de restauration varient selon l’étape du cycle à laquelle on se trouve. Explorez chacune des étapes ci-dessous pour découvrir les types de questions auxquelles les données probantes peuvent aider à répondre.

L'évaluation des paysages permet d'établir un état des lieux initial des conditions et des tendances écologiques.

  • Quelles sont les caractéristiques naturelles du paysage (formations végétales, sols, climat) ?
  • Quels processus écologiques sont en train d'évoluer ?
  • Où les signes de dégradation sont-ils les plus manifestes ?
  • Quels sont les facteurs susceptibles d'être à l'origine de ces changements ?

La compréhension de ces conditions permet de déterminer les caractéristiques naturelles du paysage, les zones où une restauration pourrait être nécessaire et les processus écologiques qui doivent être protégés ou restaurés.

Le ciblage et la hiérarchisation des priorités permettent de déterminer où concentrer les interventions de restauration.

  • Où les pressions liées à la dégradation sont-elles les plus fortes ?
  • Quelles fonctions écologiques nécessitent le plus d'être restaurées ?
  • Où les interventions ont-elles le plus de chances de réussir ?
  • Où la restauration pourrait-elle générer les bénéfices écologiques ou socio-économiques les plus importants ?

Les ressources étant limitées, les programmes de restauration doivent déterminer où concentrer leurs efforts afin d'obtenir le plus grand impact possible.

La conception des interventions consiste à déterminer les pratiques de restauration adaptées aux conditions écologiques spécifiques de chaque site.

  • Quelles approches de restauration sont adaptées à ce paysage ?
  • Les conditions sont-elles favorables à la plantation, à la régénération naturelle ou à la conservation des sols et de l'eau ?
  • Quelles espèces sont adaptées aux conditions climatiques et pédologiques locales ?
  • Quels risques ou contraintes pourraient compromettre la réussite des interventions ?

Les différentes approches de restauration, telles que la plantation d'arbres, la régénération naturelle assistée par les agriculteurs (RNA) ou la conservation des sols et de l'eau, sont adaptées à des conditions environnementales différentes. Il est essentiel de s'appuyer sur des données probantes pour éclairer les décisions de conception et garantir la faisabilité et la pertinence des interventions.

Le suivi permet d'examiner si les activités de restauration entraînent les changements écologiques escomptés.

  • Les indicateurs écologiques s'améliorent-ils dans les zones d'intervention ?
  • Les changements observés correspondent-ils aux mécanismes de restauration attendus ?
  • Des améliorations sont-elles constatées dans les zones où les interventions ont été mises en œuvre ?
  • Comment les conditions évoluent-elles au fil du temps ?

Les résultats de la restauration se manifestant souvent progressivement, et parfois de manière non linéaire, les systèmes de suivi doivent pouvoir détecter les tendances d'indicateurs tels que l'état de la végétation, le carbone organique des sols, la prévalence de l'érosion ou la disponibilité en eau.

Le reporting consiste à traduire les données issues du suivi en informations claires et fiables à destination des gouvernements, des bailleurs de fonds et des autres parties prenantes.

  • Quels changements écologiques ont eu lieu depuis le début des activités de restauration ?
  • Où les améliorations sont-elles les plus visibles et les plus significatives ?
  • Comment les résultats se comparent-ils entre les projets ou les régions ?
  • Les résultats sont-ils conformes aux objectifs de restauration ?

Un reporting efficace doit démontrer non seulement que les activités ont été réalisées, mais également que les conditions écologiques se sont améliorées et que ces améliorations peuvent être attribuées aux interventions mises en œuvre.

1.1.4 Le déficit de données probantes

Les programmes de restauration ont besoin de données probantes fiables pour comprendre les conditions écologiques, concevoir des interventions adaptées et démontrer si les efforts de restauration produisent des résultats significatifs.

Les données probantes peuvent provenir de différentes sources :

Enquêtes de terrain et suivi écologique

Enquêtes de terrain et suivi écologique

Mesures de terrain portant sur les sols, la végétation, la biodiversité et les pratiques de gestion des terres. Les observations in situ constituent souvent le moyen le plus fiable de comprendre les processus écologiques sur des sites spécifiques. Toutefois, elles nécessitent généralement des ressources importantes et sont difficiles à déployer à grande échelle sur de vastes paysages.

Expérience, hypothèses, connaissances des praticiens et savoirs locaux

Expérience, hypothèses, connaissances des praticiens et savoirs locaux

Les enseignements tirés de projets antérieurs, les connaissances des praticiens et les savoirs locaux sont souvent mobilisés pour orienter les décisions relatives aux projets. Certaines décisions peuvent également reposer sur des hypothèses issues d'autres projets ou d'autres sources, qui ne sont pas toujours fiables.

Indicateurs indirects et mesures simplifiées

Indicateurs indirects et mesures simplifiées

Certains systèmes de suivi reposent sur des indicateurs simplifiés, tels que le couvert végétal, le nombre d'arbres plantés ou d'autres mesures facilement quantifiables, utilisés comme indicateurs de l'avancement des efforts de restauration.

S’il est important de mobiliser différentes sources de données probantes pour éclairer les décisions de restauration, des données détaillées à l’échelle des projets aux savoirs écologiques traditionnels et aux indicateurs indirects, les limites de chacune doivent être prises en compte. Cela est particulièrement important dans le contexte des programmes de restauration à grande échelle ou couvrant plusieurs pays, pour lesquels des données comparables et cohérentes sont nécessaires.

Les enquêtes de terrain, par exemple, peuvent fournir des informations détaillées sur des sites spécifiques, mais il est souvent difficile de les déployer à grande échelle sur de vastes paysages et leurs résultats ne sont pas nécessairement représentatifs des conditions générales. Les savoirs locaux peuvent apporter des connaissances précieuses sur les processus écologiques et le potentiel de restauration, mais ils ne sont pas toujours transposables à d’autres contextes. Les indicateurs indirects, tels que le couvert végétal ou le nombre d’arbres plantés, peuvent être utiles pour suivre certains aspects des progrès de la restauration, mais ils ne rendent pas nécessairement compte de l’ensemble des fonctions écologiques sous-jacentes que la restauration vise à améliorer.

Les défis des initiatives de restauration à grande échelle

Les différentes sources de données probantes peuvent apporter des éclairages précieux. Toutefois, les grands programmes de restauration sont confrontés à des difficultés supplémentaires lorsqu’il s’agit de collecter, de comparer et d’interpréter des données dans de nombreux paysages, pays et institutions.

Cela comprend notamment :

  • La collecte cohérente de données écologiques dans de vastes régions peut être difficile et nécessiter des ressources importantes.
  • Les cadres de suivi diffèrent souvent d’un projet ou d’une organisation à l’autre, ce qui rend les résultats difficiles à comparer.
  • Le suivi des changements écologiques dans le temps nécessite des indicateurs cohérents et des systèmes de suivi à long terme.
  • L’agrégation des résultats à l’échelle des districts, des pays ou des programmes peut être complexe lorsque les jeux de données sont fragmentés.

Ces défis sont particulièrement importants pour les grandes initiatives telles que la Grande Muraille Verte, dont les activités de restauration couvrent plusieurs pays et institutions et dont les progrès doivent souvent être rapportés au regard de cadres régionaux ou mondiaux.

Lorsque les systèmes de données probantes sont incohérents ou fragmentés, il devient difficile de vérifier les résultats, de comparer les progrès entre les régions et de développer une compréhension commune des approches de restauration les plus efficaces.

1.1.5 Le rôle des données spatiales probantes

Les données spatiales probantes fondées sur des approches scientifiques permettent de relever certains de ces défis en fournissant des indicateurs cohérents et évolutifs des conditions écologiques à l’échelle des paysages.

Les données satellitaires, combinées aux données issues d’enquêtes de terrain systématiques ou de stations de mesure au sol, ainsi qu’à la modélisation spatiale prédictive, permettent d’analyser à l’échelle de régions entières des indicateurs tels que l’état de la végétation, le carbone organique des sols, la variabilité des précipitations ou les risques d’érosion.

Lorsqu’ils sont produits à partir de méthodes cohérentes, ces jeux de données permettent de :

  • Cartographier les indicateurs à l’échelle de vastes paysages
  • Comparer les indicateurs entre différentes régions et différents projets
  • Suivre leur évolution dans le temps à l’aide des mêmes mesures
  • Quantifier les résultats et garantir la transparence des analyses

Les données spatiales probantes, notamment les cartes prédictives des indicateurs écologiques, constituent un complément précieux aux observations de terrain et aux savoirs locaux. Elles permettent aux programmes de restauration de produire des données comparables, transparentes et mobilisables à grande échelle.

La section suivante explique ce que nous entendons par données spatiales et données probantes, et pourquoi ces outils sont devenus de plus en plus importants pour la planification, le suivi et le reporting des activités de restauration.

Pour en savoir plus

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